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Le dossier pétrolier de Nonville connaît un nouvel épisode.
Par un arrêté signé le 15 octobre, la préfecture confirme l'encadrement du projet de deux forages supplémentaires porté par la société Bridge Énergies.
Des prescriptions environnementales renforcées et une garantie financière de 768.000 euros sont désormais imposées à l'exploitant.
Mais cette décision ne met pas fin à la contestation. Eau de Paris entend poursuivre son action devant la justice, tandis que les élus et les associations restent vigilants.
L'avenir de l'exploitation pétrolière à Nonville continue de susciter des interrogations. Autorisée en janvier 2024, la réalisation de deux nouveaux puits sur la concession d'hydrocarbures exploitée par Bridge Énergies fait depuis l'objet d'une opposition portée par plusieurs acteurs locaux et environnementaux.
Au cœur des préoccupations figure la situation géographique de la plateforme. Celle-ci se trouve à proximité d'un espace naturel classé Natura 2000 et de deux captages d'eau potable desservant quelque 180.000 Franciliens.
Eau de Paris, six associations environnementales et six collectivités avaient ainsi engagé une procédure pour contester l'autorisation accordée à l'entreprise.
En janvier 2025, le tribunal administratif de Melun avait demandé des éléments complémentaires avant de se prononcer sur la légalité du projet. Les juges avaient notamment relevé des lacunes dans l'évaluation des conséquences environnementales, les garanties financières et les dispositifs destinés à empêcher les infiltrations autour de la plateforme.
À la suite de cette décision judiciaire, Bridge Énergies a transmis une étude d'impact complémentaire en septembre 2025.
La préfecture s'est appuyée sur ces nouveaux éléments pour établir un arrêté supplémentaire, signé le 15 octobre. Celui-ci ne se limite pas à confirmer les conditions d'exploitation. Il impose également à l'entreprise un ensemble d'obligations concernant la protection des milieux naturels, la prévention des pollutions et la sécurité des installations.
L'objectif affiché est de réduire les conséquences potentielles des travaux et de mieux encadrer les interventions sur le terrain.
La préservation de la biodiversité constitue l'un des volets importants des nouvelles prescriptions.
La pie-grièche écorcheur, un oiseau protégé présent dans le secteur, fera notamment l'objet de mesures spécifiques. Son habitat et sa zone de reproduction devront être identifiés, balisés et préservés pendant les opérations.
L'entreprise devra également favoriser la présence d'espèces comme le lézard des murailles en aménageant des espaces adaptés. Des corridors écologiques devront permettre aux animaux de continuer à circuler dans leur environnement.
Autre obligation : organiser les travaux en tenant compte autant que possible des périodes de reproduction de la faune. Un dispositif de suivi écologique accompagnera le chantier et sera prolongé après son achèvement, avec des contrôles prévus au bout d'un an, de trois ans et de cinq ans.
Les conditions d'accès à la plateforme font également partie des points encadrés par l'arrêté.
Sur la route étroite de la Vallée, seul itinéraire permettant de rejoindre le site, les véhicules devront circuler à une vitesse maximale de 5 km/h. Les nuisances liées aux éclairages nocturnes et au bruit devront par ailleurs être limitées.
La question de l'étanchéité des installations fait aussi l'objet de prescriptions. Le fossé de drainage entourant la plateforme devra conserver son caractère imperméable afin de limiter les risques de contamination des sols et des eaux.
Bridge Énergies devra procéder à des vérifications régulières de son état et de son étanchéité. Une procédure détaillant les modalités de ces contrôles devra être communiquée au préfet dans les trois mois suivant la notification de l'arrêté.
L'exploitant devra constituer une garantie financière fixée à 768.000 euros.
Cette enveloppe est destinée à couvrir différentes dépenses liées à la gestion du site : arrêt des activités, surveillance des installations, mise en sécurité et interventions nécessaires en cas d'incident.
L'obligation concerne également les opérations qui pourraient s'avérer nécessaires après la fermeture de l'exploitation. Il s'agit ainsi de prévoir les moyens financiers permettant de faire face aux conséquences d'un éventuel accident, même lorsque les travaux auront pris fin.
Jean-Claude Belliot, maire de Nonville, continue de s'opposer à la réalisation de ces nouveaux forages. Pour l'élu, les garanties supplémentaires annoncées ne suffisent pas à écarter les dangers potentiels liés à l'activité pétrolière.
Il attire notamment l'attention sur la proximité d'un hangar de stockage de paille, situé à moins de 100 mètres de la plateforme. Il estime que cette configuration nécessite une vigilance particulière, notamment en cas de dégradation des installations ou d'action susceptible de provoquer un incident.
Le maire rappelle également plusieurs événements survenus par le passé : un incident impliquant un camion en 2013 et une fuite d'hydrocarbures sur la plateforme en 2022.
Il considère que ces précédents justifient un suivi rigoureux du site et des mesures de sécurité adaptées. La proximité des captages d'eau potable et du périmètre Natura 2000 reste également au centre de ses préoccupations.
Le dossier est aussi suivi par le Groupe écologique de Nemours et ses environs. Son président, Bernard Giaminardi, rappelle que la concession pétrolière de Nonville bénéficie d'une autorisation courant jusqu'en 2034.
Il précise que l'exploitation concerne du pétrole conventionnel et ne relève donc pas de la fracturation hydraulique, une technique interdite en France.
L'association entend néanmoins rester attentive à la mise en œuvre des prescriptions administratives. Elle souhaite notamment que les services compétents effectuent des inspections régulières pour vérifier le respect des obligations imposées à l'exploitant.
Pour le groupe écologique, la surveillance du dossier doit se poursuivre indépendamment de la réalisation effective des deux nouveaux puits.
La décision préfectorale ne convainc pas Eau de Paris. Malgré les compléments apportés par Bridge Énergies et les nouvelles mesures annoncées, l'établissement estime que les risques pour les ressources en eau potable ne sont pas suffisamment écartés.
Il maintient donc sa démarche devant le tribunal administratif de Melun et demande l'annulation de l'autorisation préfectorale concernant les nouveaux forages, y compris dans sa version modifiée.
La protection des captages d'eau potable reste au centre de son opposition. Pour Eau de Paris, la proximité des installations pétrolières avec ces ressources impose un niveau de précaution particulièrement élevé.
Le projet de Bridge Énergies dispose donc désormais d'un cadre réglementaire renforcé, mais son avenir reste marqué par une opposition persistante. Entre les prescriptions de l'État, les inquiétudes des élus et les démarches judiciaires engagées par Eau de Paris, les prochains développements du dossier seront particulièrement suivis à Nonville.
Publié le jeudi 5 novembre 2026
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